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Et si le corail avait quelque chose à nous apprendre ?


Restauration récifs coralliens
Atelier photo à Paris - WE ARE CORALS




Introduction


Et si ce n’était pas à nous de protéger le corail, mais au corail de nous inspirer pour repenser nos façons d’agir ? Cette question, posée par le biologiste marin et photographe Martin Colognoli lors de son intervention au TEDx Geneva, ouvre un nouvel horizon. Celui d’un renversement de perspective.


Après des années passées sous l’eau, à documenter les récifs coralliens aux côtés de communautés locales, il réalise que le corail n’est pas uniquement une victime du changement climatique. C’est aussi un maître du vivant. Un organisme ancien, résilient, symbiotique, qui porte en lui une sagesse biologique dont notre société pourrait s’inspirer.


Cet article propose un voyage à la croisée de la biologie, de l’écologie relationnelle et de la transformation sociale. Une plongée dans un monde où le vivant ne demande pas qu’on le sauve, mais qu’on l’écoute.



Le corail : maître ancien du vivant.



Une histoire longue de 500 millions d’années


Les récifs coralliens sont parmi les plus anciens écosystèmes de la planète. Les coraux existent depuis plus de 500 millions d’années, bien avant les dinosaures, les forêts et les mammifères. Ils ont survécu à cinq extinctions massives, y compris celle qui a fait disparaître 75 % des espèces vivantes il y a 66 millions d’années.


Leur secret ? Une architecture coopérative, une symbiose parfaitement équilibrée, une adaptation continue à leur environnement.



Un modèle biologique d’interconnexion


Le corail est un animal microscopique qui vit en symbiose avec une algue unicellulaire, la zooxanthelle. L’algue produit de l’énergie grâce à la lumière, que le corail utilise. En échange, le corail lui offre un abri et des nutriments.


Ce partenariat n’est ni hiérarchique, ni linéaire. C’est une relation d’interdépendance, où chaque élément joue un rôle vital. Une coopération silencieuse mais essentielle.


Face à un monde qui valorise la compétition, le corail nous propose une autre voie : celle de l’équilibre et de la coadaptation.




Acropora colony - Acropora millepora
Et si ce n’était pas à nous de protéger le corail ? Conférence TEDxGENEVA de Martin Colognoli sur le corail




Apprendre du récif pour penser nos organisations humaines.


Des récifs comme modèles d’intelligence collective


Les récifs ne sont pas simplement beaux. Ce sont des structures sociales complexes, construites sans chef, sans centre. Chaque polype, chaque espèce, chaque interaction contribue à la stabilité d’un tout vivant.


Cette logique de fonctionnement fait écho aux organisations humaines alternatives : décentralisées, auto-organisées, fondées sur la coopération plutôt que sur le contrôle.


Résilience par la diversité


Un récif diversifié est plus résilient. Si une espèce souffre, une autre peut prendre le relais. Si une perturbation survient, le système peut s’adapter.


Dans nos sociétés et entreprises, la diversité n’est pas qu’un enjeu éthique. C’est un levier de stabilité et d’innovation. Comme le corail, nous avons besoin de multiples formes de pensée, de savoir-faire, d’approches pour faire face aux bouleversements à venir.



Lenteur et ancrage local

Les coraux se développent lentement, millimètre par millimètre. Ils ne s’adaptent pas en forçant, mais en s’ancrant dans la durée. Ils vivent avec leur environnement, et non contre lui.


Dans un monde qui va trop vite, le corail nous rappelle l’importance du temps long, de l’écoute, de la patience. Des qualités précieuses pour bâtir des modèles durables.



TEDxGENEVA
TEDxGENEVA

Une expérience transformatrice : immersion à Hatamin.


Vivre avec les pêcheurs, plonger dans le corail.


Sur l’île d’Hatamin, en Indonésie, Martin Colognoli vit plusieurs années aux côtés d’une communauté de pêcheurs. Il travaille à la restauration d’un récif corallien dégradé, en impliquant les habitants dans un projet participatif.


Mais ce sont moins les résultats scientifiques que la transformation personnelle qui marque ce séjour. Vivre au rythme de l’océan, observer le récif au quotidien, comprendre les liens invisibles qui unissent les espèces, les humains, le climat.


Le regard change : le corail n’est plus un sujet à sauver, mais un être vivant à écouter.


De la conservation à l’inspiration


Ce changement de posture est fondamental. Il ne s’agit plus seulement de « protéger la nature », mais de s’en inspirer pour transformer nos propres modes de vie.


Cette approche s’inscrit dans le courant de l’écologie régénérative : non plus préserver le statu quo, mais réapprendre à coexister avec le vivant, en s’inspirant de ses formes, de ses rythmes, de ses équilibres.



S’inspirer du vivant pour repenser nos façons d’agir.


Appliquer les principes du corail à nos systèmes humains


Comment transposer ces principes dans nos entreprises, nos collectivités, nos projets ? Voici quelques clés proposées par Martin Colognoli :


  • Créer des écosystèmes, pas des machines : penser les organisations comme des récifs, vivants, adaptables, relationnels.

  • Valoriser l’interdépendance : aucune entité ne fonctionne seule. La réussite vient de la collaboration.

  • Favoriser la diversité : la richesse vient des différences, pas de l’uniformité.

  • Prendre le temps : la transformation durable ne se décrète pas, elle se cultive.


Pourquoi l’écologie est une école de transformation


Loin d’un discours culpabilisant, cette approche propose un récit d’inspiration. Le corail devient une figure poétique et politique : il nous enseigne une autre manière d’être au monde.


Une manière plus douce, plus lente, plus connectée. Plus durable.



Récif corallien en parfaite santé - Photographie © Martin Colognoli
Récif corallien en parfaite santé - Photographie © Martin Colognoli



Conclusion


Et si le corail détenait les clés de notre propre robustesse ?


Plutôt que de le voir comme une victime, voyons-le comme un modèle vivant. Il a traversé cinq extinctions. Il s’adapte, coopère, régénère. Il nous montre que la force ne réside pas dans la domination, mais dans l’interconnexion.


Martin Colognoli nous invite, à travers son expérience de terrain et son travail photographique, à changer de regard. À ne plus séparer nature et société, mais à réapprendre à vivre ensemble.


Le corail ne demande rien. Mais il nous offre tout : un enseignement de patience, de coopération, de beauté. Un chemin pour inventer d’autres futurs.



Références


  • Colognoli, M. (2025). TEDx Geneva – Et si ce n’était pas à nous de protéger le corail ? – www.tedxgeneva.net

  • IPBES (2022). Global Assessment on Biodiversity and Ecosystem Services. www.ipbes.net

  • Coral Guardian (2023). Symbiose et restauration des récifs. www.coralguardian.org

  • Hagedorn, M. et al. (2019). Coral resilience in the face of climate change. Frontiers in Marine Science.

  • Capra, F. (1996). The Web of Life: A New Scientific Understanding of Living Systems. Anchor Books.

  • Glaser, M. et al. (2018). Human-nature relationships in social-ecological systems. Ecology and Society.



 
 
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